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Orpheus à l'Opéra ? J'entends déjà certains (surtout du côté de l'Ardèche) trouver cela aussi incongru que de me voir séjourner dans une yourte. Et pourtant, il faut bien un début à tout. Ce Macbeth de Verdi était donc une première pour moi. Et comme bon nombre de première fois, j'en garderai un souvenir particulier.
Shakespeare vu par Verdi, vu par Tcherniakov, vu par Orpheus : GoogleZoom sur une ville d'Angleterre, la rumeur du peuple grimpe jusqu'aux oreilles de Macbeth et lui annonce qu'il accèdera au trône mais que la descendance de Banquo prendra la relève. Son épouse, folle de joie, insiste et parvient à le convaincre d'occire le Roi Duncan qui vient justement séjourner en leur demeure. Le crime royal est perpétré. Banquo passe également l'arme à gauche dans la foulée. Macbeth est roi, Lady Macbeth exulte et montre ses nouvelles responsabilités de First Lady en exécutant des numéros de magie avec des foulards devant une cour médusée qui ne tarde pas à s'inquiéter de voir le nouveau roi, pris de remords, dialoguer avec l'esprit de Banquo et sombrer dans la folie. Les soupçons commencent à peser sérieusement à son encontre. Le peuple lui aussi souffre et gronde, et ourdit un sombre présage à Macbeth venu le trouver. Il lui recommande d'abord de se méfier de Macduff, ensuite, qu'il n'aura rien à craindre d'un homme qui sera né d'une femme, et enfin qu'il peut dormir tranquille tant que la forêt de Birnam n'avancera pas jusqu'à lui. Comme il n'est qu'à moitié rassuré, il raconte tout cela à Lady Macbeth et complote avec elle contre Macduff qui de son côté, soulève la foule qui cachée derrière des branches de la forêt de Birnam fait route jusqu'au palais. Pendant ce temps, Lady Macbeth a pété un câble. Rongée par tout le mal qu'elle a commis, elle se lève la nuit et ne sait plus si elle doit mettre la nappe sur la grande table ronde du salon ou pas. De désespoir, elle se suicide. Macbeth est bouleversé et en perd son pantalon. Surgit alors Macduff et son armée. Macbeth sait qu'il ne peut être démis par un homme né d'une femme. Alors il fanfaronne un peu. Mais il déchante rapidement quand juste avant de l'achever, Macduff lui apprend qu'il a été arraché du ventre maternel avant terme. Le Roi Macbeth est mort. Le peuple chante la victoire.
Raconter comme cela, ça n'a pas l'air franchement flatteur. Mais cela vient surtout de ma pitoyable narration à chaud. Pour être honnête, j'ai plutôt été conquis. Et cela était loin d'être garanti puisqu'il s'agissait de mon Shakespeare préféré. Je me faisais une telle impatience des grandes scènes des trois sorcières que j'aurais pu tout rejeter en bloc. Après un premier froncement de sourcil de les voir incarnées par la foule, j'ai trouvé cela plutôt subtil et intéressant à plus d'un titre. Dans un premier temps, le peuple encense Macbeth, l'encourage faisant naître en lui (et sa perfide épouse) des envies de pouvoir. Et dans un second, elle le met en garde avant de se révolter. Cette lecture devient particulièrement contemporaine, même si du coup, il a fallu sacrifier le délicieux gothisme de l'œuvre originale. Christine Lagard3 (que je n'ai pas vu, mais je crois Chondre et Snooze sur parole) et Jacques Toub0n (qui a beaucoup vieilli et qui achète des places pas chères – c'est la crise pour tout le monde!) feraient bien de recommander cet opéra à un certain agité du bocal... Non, je ne suis pas gardien du temple au point de bouder mon plaisir face à une adaptation aussi libre. J'aimais dans la version de Shakespeare le thème de l'homme face aux prédictions: l'interprétation hasardeuse qu'il peut en faire ou sa volonté d'agir pour les voir se réaliser. J'y ai trouvé mon compte et finalement l'essentiel y est.
Pour ce qui est de la scénographie, j'avoue avoir été estomaqué, même si les puristes semblent avoir été un rien déconcertés par les incrustations et projections en trompe l'œil sur écrans qui donnent une vision moderne de la représentation. Si vous pensez que l'Opéra est un genre poussiéreux, sachez qu'il peut être furieusement moderne. Peut être même trop (trop de G00gle Earth tue le G00gle Earth). Alors oui, à la longue, on peut être frustré de voir la scène réduite à une portion. Cependant cela exprime bien la position du spectateur qui assiste en voyeur aux complots qui se trament par l'ouverture de la fenêtre comme il pourrait le faire par celui d'une serrure...
Je ne vais pas me risquer à faire la moindre remarque sur les performances vocales du casting et musicales de l'orchestre. Les mélomanes habitués jugeront bien mieux que moi. Juste deux choses : 1 – Pour l'avoir longuement observé, j'ai beaucoup de mal à trouver une corrélation entre les mouvements ordonnés par le chef d'orchestre et le résultat qu'ils produisent sur ses musiciens. Une grande agitation est parfois révélatrice d'infimes subtilités et inversement. 2 – Les performances des chanteurs me font parfois le même effet que les contorsionnistes. J'ai du mal à dissocier prouesse extrême et douleur. Alors je souffre pour eux. J'ai tremblé en redoutant un claquage de Lady Macbeth (vraiment impressionnante – du moins pour moi qui n'y connaît rien).
Et puis, il faut bien que j'en parle aussi... Outre les fantômes qui tourmentaient Macbeth, il y avait un autre esprit, bienveillant celui-là, qui planait dans l'Opéra ce soir et me faisait chaud au cœur. Celui d' Irène. Quelle joie de la retrouver même si cela m'a un peu embué...
Un grand merci à Dame Kozlika de m'avoir poussé à franchir le pas en suggérant lors d'un ParisCarnet ce Macbeth pour une première fois. Merci également à elle de m'avoir enseigné (ainsi qu'à Dom et Smab) les rudiments des applaudissements. On ne clappe pas des mains tant que l'orchestre joue et certainement pas à une pause avant la fin d'un air. Non, ça ne se fait pas. J'ai ainsi pu me fendre d'un "pfffff, chuuuut!" à l'encontre d'incultes. Trop fort ! Une bien belle soirée. Sans compter le plaisir de revoir Matoo, Chondre, Snooze, Akynou, et d'autres dont j'avais croisé les visages aux ParisCarnets ou repas sur l'herbe... Cet opéra me donne envie de renouveler l'expérience. Je m'en remets à Kozlika pour choisir celui qu'elle jugera bon pour moi...
Pour l'heure, j'ai une envie folle de revoir le Macbeth d'Orson Welles. Si quelqu'un l'a... Je ne résiste pas à me relire l'incantation des trois sorcières avant de filer au dodo.
" Round about the cauldron go; In the poison'd entrails throw. Toad, that under cold stone Days and nights has thirty-one Swelter'd venom sleeping got, Boil thou first i' the charmed pot.
Double, double toil and trouble; Fire burn, and cauldron bubble.
Fillet of a fenny snake, In the cauldron boil and bake; Eye of newt and toe of frog, Wool of bat and tongue of dog, Adder's fork and blind-worm's sting, Lizard's leg and owlet's wing, For a charm of powerful trouble, Like a hell-broth boil and bubble.
Double, double toil and trouble; Fire burn and cauldron bubble.
Scale of dragon, tooth of wolf, Witches' mummy, maw and gulf Of the ravin'd salt-sea shark, Root of hemlock digg'd i' the dark, Liver of blaspheming Jew, Gall of goat, and slips of yew Silver'd in the moon's eclipse, Nose of Turk and Tartar's lips, Finger of birth-strangled babe Ditch-deliver'd by a drab, Make the gruel thick and slab: Add thereto a tiger's chaudron, For the ingredients of our cauldron.
Double, double toil and trouble; Fire burn and cauldron bubble.
Cool it with a baboon's blood, Then the charm is firm and good." Shakespeare, Macbeth, Acte 4 Scene 1


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