08 Avril 2009

 
Macbeth et Verdi à la Bastille
 
 

Orpheus à l'Opéra ? J'entends déjà certains (surtout du côté de l'Ardèche) trouver cela aussi incongru que de me voir séjourner dans une yourte. Et pourtant, il faut bien un début à tout. Ce Macbeth de Verdi était donc une première pour moi. Et comme bon nombre de première fois, j'en garderai un souvenir particulier.

Shakespeare vu par Verdi, vu par Tcherniakov, vu par Orpheus :
GoogleZoom sur une ville d'Angleterre, la rumeur du peuple grimpe jusqu'aux oreilles de Macbeth et lui annonce qu'il accèdera au trône mais que la descendance de Banquo prendra la relève. Son épouse, folle de joie, insiste et parvient à le convaincre d'occire le Roi Duncan qui vient justement séjourner en leur demeure. Le crime royal est perpétré. Banquo passe également l'arme à gauche dans la foulée. Macbeth est roi, Lady Macbeth exulte et montre ses nouvelles responsabilités de First Lady en exécutant des numéros de magie avec des foulards devant une cour médusée qui ne tarde pas à s'inquiéter de voir le nouveau roi, pris de remords, dialoguer avec l'esprit de Banquo et sombrer dans la folie. Les soupçons commencent à peser sérieusement à son encontre.
Le peuple lui aussi souffre et gronde, et ourdit un sombre présage à Macbeth venu le trouver. Il lui recommande d'abord de se méfier de Macduff, ensuite, qu'il n'aura rien à craindre d'un homme qui sera né d'une femme, et enfin qu'il peut dormir tranquille tant que la forêt de Birnam n'avancera pas jusqu'à lui. Comme il n'est qu'à moitié rassuré, il raconte tout cela à Lady Macbeth et complote avec elle contre Macduff qui de son côté, soulève la foule qui cachée derrière des branches de la forêt de Birnam fait route jusqu'au palais.
Pendant ce temps, Lady Macbeth a pété un câble. Rongée par tout le mal qu'elle a commis, elle se lève la nuit et ne sait plus si elle doit mettre la nappe sur la grande table ronde du salon ou pas. De désespoir, elle se suicide. Macbeth est bouleversé et en perd son pantalon.
Surgit alors Macduff et son armée. Macbeth sait qu'il ne peut être démis par un homme né d'une femme. Alors il fanfaronne un peu. Mais il déchante rapidement quand juste avant de l'achever, Macduff lui apprend qu'il a été arraché du ventre maternel avant terme.
Le Roi Macbeth est mort. Le peuple chante la victoire.

Raconter comme cela, ça n'a pas l'air franchement flatteur. Mais cela vient surtout de ma pitoyable narration à chaud. Pour être honnête, j'ai plutôt été conquis. Et cela était loin d'être garanti puisqu'il s'agissait de mon Shakespeare préféré.
Je me faisais une telle impatience des grandes scènes des trois sorcières que j'aurais pu tout rejeter en bloc. Après un premier froncement de sourcil de les voir incarnées par la foule, j'ai trouvé cela plutôt subtil et intéressant à plus d'un titre. Dans un premier temps, le peuple encense Macbeth, l'encourage faisant naître en lui (et sa perfide épouse) des envies de pouvoir. Et dans un second, elle le met en garde avant de se révolter. Cette lecture devient particulièrement contemporaine, même si du coup, il a fallu sacrifier le délicieux gothisme de l'œuvre originale. Christine Lagard3 (que je n'ai pas vu, mais je crois Chondre et Snooze sur parole) et Jacques Toub0n (qui a beaucoup vieilli et qui achète des places pas chères – c'est la crise pour tout le monde!) feraient bien de recommander cet opéra à un certain agité du bocal...
Non, je ne suis pas gardien du temple au point de bouder mon plaisir face à une adaptation aussi libre. J'aimais dans la version de Shakespeare le thème de l'homme face aux prédictions: l'interprétation hasardeuse qu'il peut en faire ou sa volonté d'agir pour les voir se réaliser. J'y ai trouvé mon compte et finalement l'essentiel y est.

Pour ce qui est de la scénographie, j'avoue avoir été estomaqué, même si les puristes semblent avoir été un rien déconcertés par les incrustations et projections en trompe l'œil sur écrans qui donnent une vision moderne de la représentation. Si vous pensez que l'Opéra est un genre poussiéreux, sachez qu'il peut être furieusement moderne. Peut être même trop (trop de G00gle Earth tue le G00gle Earth). Alors oui, à la longue, on peut être frustré de voir la scène réduite à une portion. Cependant cela exprime bien la position du spectateur qui assiste en voyeur aux complots qui se trament par l'ouverture de la fenêtre comme il pourrait le faire par celui d'une serrure...

Je ne vais pas me risquer à faire la moindre remarque sur les performances vocales du casting et musicales de l'orchestre. Les mélomanes habitués jugeront bien mieux que moi. Juste deux choses :
1 – Pour l'avoir longuement observé, j'ai beaucoup de mal à trouver une corrélation entre les mouvements ordonnés par le chef d'orchestre et le résultat qu'ils produisent sur ses musiciens. Une grande agitation est parfois révélatrice d'infimes subtilités et inversement.
2 – Les performances des chanteurs me font parfois le même effet que les contorsionnistes. J'ai du mal à dissocier prouesse extrême et douleur. Alors je souffre pour eux. J'ai tremblé en redoutant un claquage de Lady Macbeth (vraiment impressionnante – du moins pour moi qui n'y connaît rien).

Et puis, il faut bien que j'en parle aussi...
Outre les fantômes qui tourmentaient Macbeth, il y avait un autre esprit, bienveillant celui-là, qui planait dans l'Opéra ce soir et me faisait chaud au cœur. Celui d' Irène. Quelle joie de la retrouver même si cela m'a un peu embué...

Un grand merci à Dame Kozlika de m'avoir poussé à franchir le pas en suggérant lors d'un ParisCarnet ce Macbeth pour une première fois. Merci également à elle de m'avoir enseigné (ainsi qu'à Dom et Smab) les rudiments des applaudissements. On ne clappe pas des mains tant que l'orchestre joue et certainement pas à une pause avant la fin d'un air. Non, ça ne se fait pas. J'ai ainsi pu me fendre d'un "pfffff, chuuuut!" à l'encontre d'incultes. Trop fort !
Une bien belle soirée. Sans compter le plaisir de revoir Matoo, Chondre, Snooze, Akynou, et d'autres dont j'avais croisé les visages aux ParisCarnets ou repas sur l'herbe...
Cet opéra me donne envie de renouveler l'expérience. Je m'en remets à Kozlika pour choisir celui qu'elle jugera bon pour moi...

Pour l'heure, j'ai une envie folle de revoir le Macbeth d'Orson Welles.
Si quelqu'un l'a...
Je ne résiste pas à me relire l'incantation des trois sorcières avant de filer au dodo.

" Round about the cauldron go;
In the poison'd entrails throw.
Toad, that under cold stone
Days and nights has thirty-one
Swelter'd venom sleeping got,
Boil thou first i' the charmed pot.

Double, double toil and trouble;
Fire burn, and cauldron bubble.

Fillet of a fenny snake,
In the cauldron boil and bake;
Eye of newt and toe of frog,
Wool of bat and tongue of dog,
Adder's fork and blind-worm's sting,
Lizard's leg and owlet's wing,
For a charm of powerful trouble,
Like a hell-broth boil and bubble.

Double, double toil and trouble;
Fire burn and cauldron bubble.

Scale of dragon, tooth of wolf,
Witches' mummy, maw and gulf
Of the ravin'd salt-sea shark,
Root of hemlock digg'd i' the dark,
Liver of blaspheming Jew,
Gall of goat, and slips of yew
Silver'd in the moon's eclipse,
Nose of Turk and Tartar's lips,
Finger of birth-strangled babe
Ditch-deliver'd by a drab,
Make the gruel thick and slab:
Add thereto a tiger's chaudron,
For the ingredients of our cauldron.

Double, double toil and trouble;
Fire burn and cauldron bubble.

Cool it with a baboon's blood,
Then the charm is firm and good."
Shakespeare, Macbeth, Acte 4 Scene 1




 
 

Ce billet est classé dans :
Ciném'Arts

 

Les Commentaires
 
11 commentaires  
 
TarValanion   le : 08 Avril 2009 06:36
Je crois que j'ai le Macbeth d'Orson Welles, quelque part par là. Faudrait que je vérifie. Tu me fais un mail pour que j'y pense?

Tricoteuse d'opérette   le : 08 Avril 2009 13:44
www.domahom.net
On a un McBeth mé ché pô d'qui il est, faudra que je le regarde demain après midi si c'est trop galère de passer le blog de Smab sous DC2, c'est un film, on te fera un galette rien que pour toi en espérant ne pas l'oublier dès qu'on se voit.
Et pi j'étais trop content de me faire dépuceler en ta compagnie.
pompom

orpheus   le : 08 Avril 2009 19:39
TarValanion : C'est fait ! Tu peux vérifier, héhé!

Dom : Vive les Gorgones ! Yuhuuu !
(NB : qu'est-ce qu'on n'a pas fait, qu'on pourrait expérimenter maintenant ?)

alain   le : 08 Avril 2009 20:46
www.lo-grelh.net/blog/index.php?
jamais osé l'opéra , je me suis persuadé et j'ai décrété que c'était pas pour moi pourtant j'ai ce qu'il faut à Toulouse souriant
Faudra que j'essaie quand même si je veux pas mourir idiot langue

orpheus   le : 09 Avril 2009 19:22
Alain : Je pourrais te dire la même chose sur le préjugé. Mais si je veux être vraiment sincère, je dois surtout admettre que le frein principal a surtout été mon ignorance totale en la matière.

facedegorgone.com   le : 13 Avril 2009 10:36
www.chondre.com
Merci pour ce grand moment de rigolade. amour

orpheus   le : 13 Avril 2009 12:03
Facedegorgone.com : A ton service ! amour too

Lancelot   le : 15 Avril 2009 20:40
boatontheocean.hautetfort.com
A la fin, on comprend d'où est venue l'inspiration pour Harry Potter et Charmed ! pompom
C4rl4 Brunie en Lady Macbeth, ça doit être curieux comme composition.... ange Et pour les sorcières ? Bootyn, Mooreano, Daty ? What do you think of my casting, dear ?

orpheus   le : 16 Avril 2009 22:09
Lancelot : Ayant de l'affection pour les trois sorcières, je ne partage pas trop ton casting.
Les tiennes tendent plus vers les harpies, non?
pompom

Oh!91   le : 21 Avril 2009 09:10
entre2eaux.hautetfort.com/archive/2009/04/05/macbeth-version-googleearth.html
une mise en scène qui a du sens
Bah! laisse les puristes là où ils sont, moi aussi - qui ne suis pas plus que toi habitué de ces choses-là - j'ai été séduit par les choix de la mise en scène, je leur ai trouvé du sens, et c'est l'essentiel, et j'ai vu en Lady Macbeth le personnage clé, le vrai héro du film, et donc que la flamboyance de sa prestation au regard de ses petits camarades ne dénotait pas...
Je regrette de n'avoir pas été à la représentation du 7 avril pour partager ces moments avec vous. Mais bon, j'y étais avec mon ami d'amour et avec ma grande copine Sophie, alors...

orpheus   le : 21 Avril 2009 19:54
Oh!91 : A la lecture de ton billet, on arrive à peu de choses près aux mêmes impressions.
Dommage, ça aurait été l'occasion de rencontrer celui dont Lancelot et Fiso m'ont chanté une fois les louages.



 
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