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Cette année, l'affiche officielle de la Marche des Fiertés LGBT ou Gaypride parisienne pourra déconcerter certains. Manque d'originalité ? Style vieillot ? Pas assez dans l'esprit tendance-illustration-pop-acidulée ou que sais-je encore ? De mon humble point de vue, il s'agit d'une réussite puisqu'elle rassemble tout ce que je voulais y voir. En haut des marcheurs des deux sexes avec une poussette en référence à l'homoparentalité. La colonne de la Bastille, notre arrivée de samedi, mais surtout un symbole historique puissant. Et cet arc-en-ciel, nos couleurs, qui vient pourfendre la grisaille de notre conditions de citoyens aux droits tronqués. N'oublions pas l'hommage aux 40 ans de Stonewall (Horreur, j'ai entendu il y a quinze jours, un jeune homo incollable sur Sliimy mais dans l'ignorance totale de notre héritage culturel. Des baffes!) qui me touche vraiment. Plus ça va, plus je suis persuadé que nous avons besoin d'un Stonewall à la Française pour répondre au mépris des institutions. Et puis ce slogan. Unitaire et vindicatif : "Fier.e.s de nos luttes. A quand l'égalité réelle ?". J'aurais cependant très bien pu me passer du dernier mot. Il y a égalité ou pas. Si elle n'est pas réelle, c'est que nous sommes différents et donc pas égaux. Oui, cette affiche me plait. Au moins elle a un sens. Plus que le "feu six-colore" de 2005 qui ne voulait rien dire ou si peu. Celle-ci ne met en avant aucune de nos tendances pour mieux tenter de nous rassembler (parce que bonjour l'intolérance dans nos propres rangs aussi), pour mieux porter le message commun qui nous importe. Après, le reste n'est que question de goût...
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Comme chaque année à l'approche des Gayprides, j'entends ici et là, des homos dire qu'ils n'assisteront pas à l'événement parce qu'ils n'aiment pas l'image de l'homosexualité que donne cette marche dans les médias. La gaypride nuirait ainsi à la lutte contre l'homophobie, à l'avancée de nos droits et j'en passe...
Commençons d'abord par un bref rappel historique. C'est quoi une Gaypride? Tout a commencé le 27 juin 1969 à New York City. A cette époque, la ville n'est pas aussi gay-friendly qu'aujourd'hui et les contrôles d'identité dans les bars et lieux pédés sont coutumiers. Suite à une descente de police au Stonewall (bar maintenant mythique de Greenwich Village), les clients se rebellent et déclenchent une révolte qui durera cinq jours et nuits. La police est contrainte de faire appel aux brigades anti-émeutes pour faire face aux centaines de gays, lesbiennes et trans qui protestent contre les abus de cette discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Craig Rodwell, un jeune militant alerte immédiatement la presse et devient le porte-parole de la cause. Il fonde alors le Gay Liberation Front. Cette association doit très rapidement faire face aux nombreuses critiques d'une certaine classe d'homos qui pensent que pour vivre heureux, mieux vaut vivre caché et que la tolérance viendra de la discrétion et d'une certaine "normalité" respectable. Rodwell leur répond que c'est justement cette attitude qui est la cause du rejet. On réprime ce que l'on craint, on craint ce qu'on ignore. La visibilité devient alors le fer de lance du GLF. Dans cette perspective, chaque année est organisée une marche commémorative des événements de Stonewall où toutes les tendances sexuelles, toutes les façons de vivre son homosexualité et toutes les associations sont représentées. Stonewall est devenu le symbole de la lutte homosexuelle contre l'oppression de la discrimination. Il faudra attendre le 25 juin 1977 pour que Paris organise sa première marche qui ne compte alors que 400 manifestants... La barre des 10.000 n'est franchie qu'en 1981, celle des 100.000 en 1996. Signe de l'évolution des moeurs, ce ne sont plus uniquement des homos qui défilent, mais de nombreux sympathisants hétéros gay-friendly rejoignent le mouvement. En constante augmentation, le palier mythique des 500.000 marcheurs a été dépassé pour la première fois en 2001. Entre-temps, elle a changé de nom. Suite à une sombre histoire de faillite et de propriété du nom, elle s'est finalement appelé la Marche des Fiertés LGBT. Je continue moi à l'appeler Gaypride. Son nom originel, celui d'après Stonewall.
Question de fierté ? Beaucoup d'homos souffrent donc de l'image de ces marches. Les médias dans leurs JT et sur la une des quotidiens choisissent en effet de mettre à l'avant-plan les drag-queens, les folles, les trans, les gym-queens bodybuildées et parfois même les SM. N'importe quel cliché plutôt que le petit pédé lambda passe-partout ou le cadre dynamique bien politiquement correct. N'oublions pas que les médias sont à l'affût de sensationnel dans leur quête d'audience et qu'un "personnage" sera plus percutant qu'un pédé tout ordinaire, même si d'année en année, il y a plus de marcheurs en jean-tshirt qu'en costume de scène. Ce qui gêne ces homos bien-pensants c'est donc d'être assimilé à la folle tordue du grand carnaval homo. J'y vois là une certaine forme d'homophobie. Quand on réclame de la tolérance et des droits pour soi, la moindre des choses est de ne pas exclure les petits copains parce que leurs comportements dérangent. Par ailleurs, ne pas assister à la marche pour ces raisons constitue bel et bien un moyen de faire diminuer le pourcentage des "homos-classiques"! Faudra pas pleurer après sur la représentativité!
Mais est-ce vraiment utile ? Les Gayprides parisiennes ont toujours eu lieu le premier week-end de l'été. Sauf une année. En 1981 où la marche s'est déroulée en avril afin de faire pression sur les élections présidentielles. La gauche soutient le mouvement qui demande que l'âge de la majorité sexuelle soit la même pour les homos (qui devaient attendre 21 ans) que pour les hétéros (18 ans). François Mitterrand, élu en Mai, respecte certains de ses engagements. En juin, le fichage des homos est interdit, l'homosexualité est retirée de la liste des maladies mentales, et l'année suivante, l'âge de la majorité sexuelle est fixé pour tous à 15 ans. Evolution simple des mentalités ou écoute des mots d'ordres des marches? Car même si l'esprit carnaval domine, chaque année, les ellegébétés défilent sous des revendications. Pour la tolérance, l'égalité ou l'obtention de droit. Au milieu des plumes et des paillettes, le message est repris par de nombreuses associations et finit par atteindre son but. Il faudra attendre 1999, pour que le contrat de vie commune réclamé lors de nombreuses marches soit enfin présenté au parlement pour être voté sous la forme du Pacs en octobre. Cette année, le mot d'ordre de la marche parisienne est "Couple et parentalité : l'égalité maintenant!". Message fort et clair imprimé sur les affiches et sur la banderole du carré de tête de marche. Cette revendication sera reprise également dans les reportages des médias. Je me demande alors ce que les "pédés-classiques-qui-dénigrent-l'intérêt-des-Gayprides" ont fait de mieux pour faire avancer les choses et bouger les mentalités?
Ce sera ma onzième marche cette année. Au fil des manifestions, je me souviens de nombreux moments forts dont entre autres un gigantesque die-in d'Act-Up symbolisant les victimes du Sida. Mais aussi la première présence du PS avant que toutes les formations politiques ne soit au rendez-vous, et la première fois que j'y ai vu Delanoë, bien avant qu'il ne soit maire de Paris. Et comme chaque année, les sourires des enfants dans le petit train de l'Association des Parents (et futurs Parents) Gays et Lesbiens...
Il serait certes présomptueux de croire que les Gayprides seules ont suffit à l'évolution de la tolérance et à l'obtention de ces améliorations. Il ne faut pas minimiser le travail annuel et régulier des associations ainsi que celui des homos bien placés dans les sphères influentes et rouages du pouvoir. Mais je crois surtout que les moeurs ont changé parce que les homos sont sortis de leur placard, et qu'au quotidien, dans les rues et sur leur lieu de travail, ont montré qu'ils n'étaient pas ces monstres qu'on pouvait craindre. La visibilité comme arme éducative contre la discrimination. En cela, je rejoins tout à fait la pensée de Craig Rodwell.
La Marche des Fiertés destinée à dénoncer les discriminations basées sur l'orientation sexuelle, reste la seule manifestation à laquelle chacun peut participer en apportant le soutien de sa présence. Nous avons donc le choix. Attendre que les choses bougent d'elles-mêmes et récolter le fruit du travail des autres ou, participer à une fête porteuse d'un message égalitaire de tolérance.
J'ai fait mon choix, faites le vôtre...
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Mea culpa : Les anciens lecteurs auront peut-être reconnu le billet du 20 juin 2005 en seconde partie. Mais bon... Comme chaque année j'entends/lis les mêmes conneries... Je ne vais tout de même pas me fendre d'un billet marronnier original tous les ans. Alors comme je n'ai pas changé de point de vue sur ce sujet, je recycle...
J'ai hâte de vous croiser tous et toutes. A demain.


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